Maxi Fiches D’histoire De La Pensée Économique by Ghislain Deleplace


28562f1cec10170.jpg Author Ghislain Deleplace
Isbn 978-2100499076
File size 102.3 MB
Year 2015
Pages 27
Language French
File format PDF
Category economics



 

© Dunod, Paris, 2008 ISBN 978-2-10-053627-6 Table des matières Mode d’emploi 1 Questions de méthode 1 Comment faire de l’histoire de la pensée économique ? 1. L’objet de la science économique 2. La place de l’histoire de la pensée économique 2 Une histoire rapide des théories économiques 1. De l’activité économique à la science économique 2. Du mercantilisme au marginalisme 3. La division en microéconomie et macroéconomie 3 3 5 7 7 8 9 Les précurseurs 3 De l’économique à l’économie politique puis à la « science » économique : continuité et ruptures 11 1. De la philosophie morale à l’économie politique : une certaine continuité 2. De la philosophie morale à l’économie politique : deux ruptures essentielles 11 12 4 La pensée antique et médiévale : vingt siècles de condamnation morale des pratiques économiques 15 1. Les réflexions économiques dans l’antiquité grecque 2. La pensée médiévale 15 16 5 Princes et marchands à la Renaissance 19 1. Les théories de l’État moderne 2. La naissance d’une « économie politique » 19 21 6 Le mercantilisme : unité et diversité 1. Les hommes 2. La doctrine 3. Les variantes nationales 23 23 23 25 7 Philosophie des Lumières et libéralismes 1. La philosophie des Lumières : raison et autonomie 2. Les libéralismes 8 François Quesnay et la physiocratie 1. Les hommes 2. La doctrine 3. La naissance d’un paradigme et d’une science III 27 27 28 31 31 32 33 Histoire de la pensée économique L’école classique 9 L’école classique : présentation d’ensemble 1. Les hommes et leur contexte 2. La science classique en économie 35 35 36 10 Monnaie, valeur et prix chez les classiques 1. La théorie classique : une recherche sur la nature de la richesse des nations 2. La mesure de la richesse : la théorie de la valeur travail 11 Le libéralisme économique des classiques 1. Une recherche sur les causes de la richesse des nations 2. Main invisible et libre-échange 12 Croissance et répartition chez les classiques 1. Une recherche sur les mécanismes de répartition de la richesse des nations 2. Une recherche sur la dynamique de l’accumulation des richesses 39 39 40 43 43 45 47 47 48 Pour aller plus loin : un auteur, une œuvre 13 Adam Smith et Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations 51 1. Adam Smith : de la philosophie morale à l’économie politique 2. La Richesse des nations 51 52 14 David Ricardo et les Principes de l’économie politique et de l’impôt 55 1. Sa vie, son œuvre, son influence 2. L’œuvre majeure : Principes de l’économie politique et de l’impôt 55 56 Pour aller plus loin : les contemporains 15 Piero Sraffa et les « néoricardiens » 1. La théorie de Piero Sraffa 2. La critique de la théorie marginaliste du capital 3. Une théorie « néoricardienne » isolée 59 59 61 62 Le marxisme 16 L’hétérodoxie « socialiste » : présentation d’ensemble 1. L’émergence du « socialisme » 2. Les socialismes « utopiques » : des reconstructions sociétales 17 Marx et le socialisme « scientifique » 1. La « microéconomie » de Marx : aliénation marchande et exploitation capitaliste 2. La « macroéconomie » de Marx : l’analyse de la crise comme expression des contradictions de l’économie capitaliste IV 63 63 64 67 67 68 Table des matières 18 La diffusion du marxisme : les épigones 1. Les « orthodoxes » 2. Les révisionnistes et la réapparition d’un socialisme réformiste 71 71 72 Pour aller plus loin : un auteur, une œuvre 19 Karl Marx et Le capital 75 1. Sa vie, son œuvre, son influence 2. L’œuvre majeure : Le capital, critique de l’économie politique 75 76 Le marginalisme 20 Le marginalisme : microéconomie et libéralisme 1. Les premiers marginalistes et les traditions qu’ils inaugurent 2. Le rejet de la théorie de la valeur travail et la relecture du problème de la valeur 3. L’émergence d’un nouveau paradigme : la science « néoclassique » 79 79 80 81 Pour aller plus loin : un auteur, une œuvre 21 Léon Walras et les Éléments d’économie politique pure 83 1. Sa vie, son œuvre, son influence 2. L’œuvre majeure : Éléments d’économie politique pure, ou théorie de la richesse sociale 83 22 Alfred Marshall et les Principes d’économie 1. La figure centrale du marginalisme britannique 2. L’œuvre majeure : les Principes d’économie 84 87 87 87 Pour aller plus loin : les contemporains 23 La microéconomie néowalrasienne 91 1. L’existence d’un équilibre général 2. Le fonctionnement du marché 3. L’intégration de la monnaie 91 92 93 24 La « nouvelle microéconomie » 95 1. Les précurseurs 2. Théorie des jeux et imperfections de marché 3. Richesse et limites de cette microéconomie 95 96 97 La pensée autrichienne 25 Les écoles autrichienne et suédoise XIXe 1. L’école autrichienne à la fin du siècle 2. Le fondateur de l’école suédoise : Knut Wicksell V 99 99 101 Histoire de la pensée économique 26 Joseph Schumpeter, penseur de la dynamique économique 1. Schumpeter, théoricien des sciences sociales 2. La théorie de l’évolution économique 3. Les cycles des affaires 27 Économie et société chez Hayek et Schumpeter 1. Hayek et le libéralisme 2. Schumpeter et la fin du capitalisme 103 103 104 105 107 107 108 Le keynésianisme 28 Le keynésianisme : présentation d’ensemble 111 1. Le contexte historique et intellectuel 2. La « révolution keynésienne » et son interprétation 3. Apogée et déclin du « keynésianisme » 111 112 113 Pour aller plus loin : un auteur, une œuvre 29 John Maynard Keynes et la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie 115 1. John Maynard Keynes 2. La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie 115 116 Pour aller plus loin : les contemporains 30 Les « post-keynésiens » et l’approche de la circulation 1. La relation entre la croissance globale et la répartition des revenus 2. Entreprise, monnaie et marchés financiers 3. L’approche de la circulation 119 119 120 121 Aujourd’hui : une science économique éclatée Du monétarisme à la nouvelle école classique : « le renouveau libéral » 31 L’impulsion du renouveau libéral par le monétarisme 1. Friedman et les monétaristes dans la discussion sur la stabilité des fonctions macroéconomiques de comportement 2. La critique monétariste de la courbe de Phillips et la théorie du taux de chômage naturel 32 La nouvelle macroéconomie classique 1. L’hypothèse d’anticipations rationnelles et l’inefficacité de la politique économique 2. Un renouveau de la macroéconomie classique VI 123 123 124 127 127 129 Table des matières De la théorie du déséquilibre à la nouvelle macroéconomie keynésienne : la « résurgence » keynésienne 33 Théorie du déséquilibre et équilibres non walrasiens : l’école néokeynésienne 131 1. La théorie du déséquilibre 2. La théorie des « équilibres non walrasiens » 34 La nouvelle macroéconomie keynésienne 1. Keynésianisme « rationnel » et rigidités nominales : l’absence de dichotomie et l’efficacité des politiques de demande globale 2. Keynésianisme « informationnel » et rigidités réelles : l’existence d’équilibres partiels sous optimaux 131 132 135 135 136 La nébuleuse institutionnaliste 35 Théorie standard et approche institutionnaliste 1. Les institutions dans la science économique 2. La distinction entre la « vieille » et la « nouvelle » économie institutionnelle 36 Les courants institutionnalistes « anciens » et « modernes » 1. Les courants institutionnalistes « anciens » : la question de l’intentionnalité des institutions 2. Les courants institutionnalistes « modernes » : la question de l’efficacité des institutions 139 139 141 143 143 144 L’économie est-elle une science ? 37 L’économie comme science : la naissance d’une conviction 1. De « l’économie politique » à la « science économique » 2. Science et idéologie 3. Les limites d’une analogie avec les sciences « dures » 38 Quelle « science » économique ? 1. Quelle ambition ? 2. Quelle méthode ? 147 147 148 148 151 151 152 39 Le progrès des connaissances en économie 1. Une vision « longitudinale » : science normale et révolutions scientifiques dans l’histoire de la pensée économique 2. Une vision « latitudinale » : orthodoxie et hétérodoxies 155 155 157 40 Dictionnaire de 100 économistes 159 130 questions pour faire le point 175 Réponses 192 VII Mode d’emploi 1. THÉMATIQUE Cet ouvrage combine une démarche chronologique, habituelle en histoire de la pensée économique, et un accent mis sur les courants de pensée, car, s’il y a des débats entre économistes aujourd’hui, c’est parce que l’évolution passée de la science économique leur a légué des approches diverses. Il est souhaitable de commencer la lecture par la fiche 1, qui présente notre conception de l’histoire de la pensée économique, et par la fiche 2, qui contient un panorama rapide de l’évolution chronologique de la science économique et permet de situer l’ensemble des fiches de ce Maxi Fiches. Par la suite, les parties correspondant à des courants de pensée peuvent être lues de façon indépendante, les liens avec le reste de l’ouvrage étant assurés par des renvois aux fiches correspondantes. Nous avons distingué cinq courants de pensée, qui sont traités en cinq parties par ordre d’apparition dans l’histoire : l’école classique ; le marxisme ; le marginalisme ; la pensée autrichienne ; le keynésianisme. Ces approches trouvent leur origine dans un passé plus ou moins lointain et elles ont toutes des traductions modernes, plus ou moins reconnues dans la science économique actuelle, mais néanmoins présentes. C’est pourquoi, même si cela rompt l’exposition chronologique de l’histoire de la pensée économique dans son ensemble, nous avons associé dans la présentation de chaque courant de pensée les auteurs fondateurs et leurs héritiers modernes. Un courant de pensée se rattache à une œuvre fondatrice et/ou caractéristique d’un auteur lui-même emblématique. Nous avons donc pour chaque courant consacré au moins une fiche à un couple unissant un auteur et son œuvre majeure. Ce choix dresse la liste restreinte des « grands » économistes du passé, qui ont selon nous marqué l’évolution de la discipline en donnant une identité (et parfois leur nom) aux diverses approches : l’Anglais David Ricardo (école classique) ; l’Allemand Karl Marx (marxisme) ; le Français Léon Walras et l’Anglais Alfred Marshall (marginalisme) ; l’Autrichien Joseph Schumpeter (école autrichienne) ; l’Anglais John Maynard Keynes (keynésianisme). On doit y ajouter le fondateur reconnu de la discipline elle-même, l’Écossais Adam Smith, rangé dans l’école classique. Il serait vain de vouloir associer une époque et la domination d’un courant de pensée, car la diversité des approches caractérise la science économique depuis son origine. Il y a deux époques pour lesquelles une telle association peut d’autant moins être tentée. D’une part, avant même la constitution du premier courant de pensée (l’école classique), des précurseurs ont traité des questions économiques sans construire un discours autonome par rapport aux autres manières (philosophiques, religieuses, politiques) de voir la société. D’autre part, depuis à peu près le milieu des années 1970, une science économique éclatée combine une dominante idéologique (le libéralisme économique), une unification instrumentale (le calcul individuel) et un éclectisme des références analytiques. Les dernières fiches sont consacrées à trois questions de méthode relatives à la science économique et à un dictionnaire de 100 auteurs, qui permet de retrouver rapidement les éléments essentiels les concernant. 1 Mode d’emploi Pour illustrer certains points évoqués dans la fiche, chacune d’elles se termine par quelques citations d’auteurs. On trouvera en annexe la liste des références précises de ces citations, ainsi qu’un questionnaire à choix multiples (pour tester la compréhension des fiches) et un index des auteurs. 2. L’OUVRAGE EN DIX PARTIES I. Questions de méthode : fiches 1-2 II. Les précurseurs : fiches 3-8 III. L’École classique : fiches 9-15 IV. Le marxisme : fiches 16-19 V. Le marginalisme : fiches 20-24 VI. La pensée autrichienne : fiches 25-27 VII. Le keynésianisme : fiches 28-30 VIII. Aujourd’hui : une science économique éclatée : fiches 31-36 IX. L’économie est-elle une science ? : fiches 37-39 X. Dictionnaire de 100 auteurs : fiche 40 3. POUR ALLER PLUS LOIN Deux manuels publiés par les auteurs de ce Maxi Fiches permettent d’approfondir la plupart des courants et auteurs évoqués : c Ghislain Deleplace, Histoire de la pensée économique. Du « royaume agricole » de Quesnay au « monde à la Arrow-Debreu », Paris, Dunod, 2e édition, 2007, 553 pages. c Christophe Lavialle, Histoire de la pensée économique. Cours, méthodes, exercices corrigés, en collaboration avec J.-L. Bailly, J. Buridant, G. Caire et M. Montoussé, in M. Montoussé (éd.), Rosny, Éditions Bréal, 2000, 415 pages. 2 1 Comment faire de l’histoire de la pensée économique ? Point clef Au-delà des définitions particulières que les différentes écoles de pensée ont pu donner de la discipline, la science économique partage avec l’ensemble des sciences sociales une interrogation générale sur la possibilité de constitution d’un ordre social sur un mode décentralisé. Considérant que cet ordre social est d’abord un ordre économique, la science économique décline cette interrogation générale en un questionnement particulier sur le processus de formation des grandeurs économiques. L’histoire des réponses apportées à ce questionnement peut alors se faire, soit à la lumière de l’état présent de la théorie économique (pour souligner le processus qui a conduit à sa constitution), soit du point de vue de son origine (pour souligner la permanence des conceptions classiques et leur enrichissement progressif), soit de manière à éclairer les débats théoriques contemporains : l’histoire de la pensée économique est alors conçue comme un élément central du progrès des connaissances en économie. 1. L’OBJET DE LA SCIENCE ÉCONOMIQUE La question même de la définition de l’objet de la science économique, du questionnement qui l’identifie comme discipline autonome, a reçu, dans l’histoire de la pensée, des réponses diverses. Identifiée à une science des richesses à la période classique, elle se définira ensuite comme la science des choix individuels en univers de rareté. Au-delà de ces définitions particulières, la question commune qui rassemble les économistes est celle du processus de formation des « grandeurs » économiques. À son tour, cette question renvoie à l’interrogation fondamentale, et partagée, sur les conséquences sociales de l’individualisme. a) À la période « classique » : l’économie politique, science des richesses La période classique couvre le XIXe siècle (cf. fiche 9). Elle commence avec Adam Smith (Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776 : cf. fiche 13), se poursuit avec notamment David Ricardo (Des principes de l’économie politique et de l’impôt, 1817 : cf. fiche 14) et s’achève, à la fin du siècle, avec Karl Marx (cf. fiches 17 et 19) qui est, d’une certaine manière, le « dernier des classiques ». Les classiques sont donc des contemporains de la première révolution industrielle, du développement du capitalisme industriel, puis de ses crises dans la seconde moitié du XIXe siècle. Leur interrogation principale concerne donc ce qu’on appellerait aujourd’hui le processus de croissance économique, c’est-à-dire le processus d’accumulation des richesses : il s’agit de s’interroger sur 1) les causes de la richesse (ce qui conduit à s’interroger sur le processus de production, le mécanisme de la division du travail et les mécanismes de l’échange) ; 2) sur sa nature (ce qui conduit à s’interroger sur la nature de la monnaie et les concepts de valeur et de prix) ; 3) sur sa répartition (détermination des revenus et mécanismes de la redistribution). En corollaire, ils s’interrogent sur les limites éventuelles que pourrait rencontrer ce processus d’accumulation des richesses, et ce notamment à l’occasion de l’analyse des crises et des cycles. 3 Fiche 1 • Comment faire de l’histoire de la pensée économique ? b) À la période contemporaine : la « science économique », science des choix en univers de rareté À la suite de la révolution « marginaliste » (cf. fiche 20), les auteurs néoclassiques (Alfred Marshall, Principes d’économie politique, 1890 : cf. fiche 22) vont mettre l’accent sur l’existence de la rareté. Selon eux, c’est l’existence des contraintes de rareté qui crée le problème économique, lequel devient pour l’essentiel un problème de choix. 1) Quoi produire et en quelle quantité (à quelle production affecter les ressources productives dès lors que cellesci ne sont pas illimitées) ? 2) Comment le produire ? (Quelle est la combinaison productive la plus efficace, c’est-à-dire la plus « économe » ?) 3) Pour qui le produire ? (Comment répartir la richesse créée dès lors que celle-ci est rare ?) c) Un objet commun : la formation des grandeurs économiques Finalement le questionnement particulier des économistes peut se décliner en deux temps. Il s’agit de comprendre : 1) comment les agents économiques (individus, pouvoirs publics, entreprises, organisations…) effectuent, dans un monde caractérisé par la rareté a priori des ressources disponibles, leurs choix (de production, de consommation, d’investissement…), puis 2) comment ces choix sont coordonnés de manière à déterminer (bien ou mal) le niveau et l’allocation (la répartition) des richesses produites. Ce faisant les économistes choisissent de s’intéresser en fait au processus de la formation de toutes les grandeurs économiques (richesse, prix, revenus, valeurs, niveau d’emploi…). Et les relations économiques sont identifiées du même coup, parmi l’ensemble des relations sociales, comme celles qui ont la particularité de donner naissance à des grandeurs mesurables. Cette définition des relations économiques comme productrices de grandeurs mesurables et l’identification du problème des économistes comme étant celui de comprendre le processus qui préside à la formation de ces grandeurs, appelle deux remarques : c c Une remarque méthodologique tout d’abord : dès lors que la « science économique » va se définir en se donnant comme objet d’étude des grandeurs, elle va naturellement être portée à recourir au calcul (statistique puis mathématique) et à la formalisation, et à emprunter aux sciences « exactes », pour son usage propre, des concepts (tel celui d’équilibre) et des méthodes (tel le calcul infinitésimal). Il en résultera l’ambition toujours maintenue, quoique mal partagée, d’un rapprochement avec les sciences « dures » (cf. fiche 37). Une remarque analytique ensuite : à l’évidence, au cœur du problème des économistes (comment les agents économiques effectuent-ils leurs choix et comment ceux-là sont-ils coordonnés pour former des grandeurs repérables et mesurables) se trouve la question de l’aptitude d’une économie à fonctionner sur un mode décentralisé. Cette question, à son tour, relève du questionnement général de la science sociale, relatif aux conséquences sociales de l’individualisme. d) Une manière particulière de se poser une question générale Elle revient en fait à se poser de manière particulière une question commune à l’ensemble des sciences sociales (la formation de l’ordre social). La particularité de la science économique tient alors à ce qu’elle fait du lien économique (et en l’occurrence 4 Fiche 1 • Comment faire de l’histoire de la pensée économique ? du lien marchand) le lien fondateur du social : l’interrogation sur la richesse est une interrogation sur l’harmonie des sociétés. 2. LA PLACE DE L’HISTOIRE DE LA PENSÉE ÉCONOMIQUE La diversité de la science économique se retrouve dans la façon d’en écrire l’histoire. a) L’histoire de la pensée économique du point de vue de son aboutissement On peut faire l’histoire de la discipline du point de vue de son aboutissement, retenant l’idée d’un progrès constant des connaissances ( Schumpeter , History of Economic Analysis, 1956). Les théories passées sont alors étudiées et jugées à l’aune de ce qui constitue la science économique moderne : elles apparaissent soit comme des avancées, soit comme des reculs sur le chemin qui conduit à ce que la science économique est aujourd’hui. Évidemment une telle vision conduit à faire de l’histoire de la pensée économique une archéologie et, considérant que la théorie économique moderne est l’état le plus avancé et le plus achevé de la science, l’histoire de la pensée économique est jugée a priori inutilisable pour comprendre les débats modernes ; le risque est alors grand de la faire sortir de la discipline : faire de l’histoire de la pensée économique, ce serait alors davantage faire de l’histoire que faire de l’économie (au sens de contribuer à l’avancement de la connaissance économique). b) L’histoire de la pensée économique du point de vue de son origine On peut aussi faire de l’histoire de la pensée économique du point de vue de son point de départ (Adam Smith et la théorie classique). Le risque serait alors de biaiser la vision de la discipline par l’acceptation de l’idée que celle-ci serait nécessairement caractérisée par certains traits constitutifs de la pensée classique, qui pourtant n’existaient pas avant elle et ne seront pas admis unanimement après, y compris par des auteurs qu’il serait difficile d’exclure du périmètre de la discipline. Ces traits constitutifs sont : c la croyance en des lois économiques naturelles, qui s’appliqueraient en tout lieu et en tout temps, alors que le caractère historiquement déterminé des lois du capitalisme est au contraire souligné par le marxisme (cf. fiche 17), l’école historique, le keynésianisme (cf. fiche 28) ou l’école institutionnelle (cf. fiche 36) ; c la caractérisation de l’ordre économique comme un ordre marchand et la réduction des relations économiques à un libre-échange généralisé source de la richesse, là où certains auteurs, de la physiocratie (cf. fiche 8) à l’école classique – que pourtant Smith contribue à fonder – insistent davantage sur la spécificité des relations de production, tandis que d’autres, des mercantilistes (cf. fiche 6) aux keynésiens, confèrent à l’État, même dans une économie de marché, un rôle essentiel dans la constitution de l’harmonie économique et sociale ; c l’affirmation de la neutralité de la monnaie et la description du processus de formation des grandeurs économiques en termes exclusivement réels, alors que l’analyse de la monnaie et de son influence et la compréhension des relations économiques à partir des relations monétaires sont au cœur de théories antérieures (comme le mercantilisme) ou postérieures (comme celles de Marx ou Keynes). c) L’histoire de la pensée économique du point de vue de la permanence des questions et des débats fondamentaux. Une dernière possibilité est de faire de l’histoire de la pensée économique de manière à éclairer les débats contemporains. Ainsi, faire de l’histoire de la pensée économique, ce peut être resituer les idées économiques, de manière chronologique, 5 Fiche 1 • Comment faire de l’histoire de la pensée économique ? dans leur contexte, mais ce peut-être surtout, au-delà de l’immersion dans le factuel, comprendre la logique du développement de la discipline, de ses prémisses jusqu’à son état actuel, et souligner la permanence des débats fondamentaux, repérer les questions non encore résolues, identifier les oppositions irréductibles qui nourrissent le débat économique. Selon ce dernier point de vue, l’histoire de la pensée économique fait alors partie intégrante de la théorie, au sens où elle contribue au progrès de la discipline en lui permettant de prendre conscience de ses limites. C’est le point de vue que nous adopterons dans le présent ouvrage. Citations • La définition contemporaine de la science économique « L’économie est la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs. » (Lionel Robbins, La nature et la signification de la science économique, 1932,). • Les débats fondamentaux qui la traversent « D’un côté il y a ceux qui croient qu’à long terme le système économique s’ajuste tout seul, non sans grincements, gémissements et saccades, ni sans être interrompu par des contretemps, des interférences extérieures et des erreurs… De l’autre, il y a ceux qui rejettent l’idée que le système économique puisse sérieusement s’ajuster tout seul. » (John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936). • Et l’importance de l’enseigner historiquement « Il est de fait que les erreurs fondamentales qu’on commet aujourd’hui en analyse économique sont plus souvent dues à un manque d’expérience historique qu’à toute autre lacune de la formation des économistes. » (Joseph Schumpeter, Histoire de l’analyse économique, 1954). 6 2 Une histoire rapide des théories économiques Point clef Les débats qui traversent l’histoire de la pensée économique se nouent autour de deux questions : les relations marché/production et marché/État. Schématiquement, l’histoire de ces débats est ponctuée par trois « révolutions » (dont la datation découle de la parution des grandes œuvres qui les marquent) : La « révolution classique » (1776-1817) représente pour la première fois l’économie comme un système dans lequel s’articulent les échanges marchands et l’organisation de la production, et elle élabore les principes de la doctrine libérale. La « révolution marginaliste » (1874-1890), en généralisant la loi de l’offre et de la demande à l’ensemble des activités économiques, absorbe l’analyse de la production dans celle du marché et donne un fondement scientifique à la doctrine libérale. La « révolution keynésienne » (1936) établit l’incapacité d’une économie de marché à atteindre le niveau de production globale permis par la main-d’œuvre disponible et justifie ainsi l’abandon d’un laisser-faire général au profit d’une intervention de l’État. Ces trois « révolutions » dans la pensée économique ont façonné les termes dans lesquels se présentent aujourd’hui les controverses entre économistes, en particulier sur la place qu’il convient d’attribuer au marché dans l’ensemble des relations sociales, thème central du renouveau néolibéral. 1. DE L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE À LA SCIENCE ÉCONOMIQUE On a vu dans la fiche 1 que la science économique se pose de manière particulière une question commune à l’ensemble des sciences sociales : comment un ordre social se forme-t-il ? Elle analyse ainsi la façon dont les relations entre les hommes se traduisent dans des grandeurs mesurables, au premier rang desquelles la richesse (tant individuelle que collective). Il convient à présent de se demander quand est apparue cette science économique et selon quels grands axes elle a évolué jusqu’à nos jours. Ces interrogations sont au cœur de l’histoire de la pensée économique et il s’agit ici d’en donner un panorama général, qui sera détaillé dans les fiches composant cet ouvrage. L’activité économique est aussi ancienne que les sociétés organisées. C’est en Grèce antique que se forge le mot économie, de oikos (maison) et nomos (loi) : l’économie domestique porte sur les règles d’administration de la maison ou du domaine. Si dès cette époque on s’interroge sur la similitude ou non des règles s’appliquant à la famille (l’économique) et à la Cité (le politique), l’activité économique sera pendant longtemps perçue seulement comme une des activités humaines, subordonnée à d’autres types de relations entre les hommes (religieuses, politiques) sur lesquelles repose l’existence de la société. C’est dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que la primauté de l’économique commence à être reconnue. Cette prééminence des relations économiques dans l’organisation de la société et l’élaboration d’une science destinée à en rendre compte s’expliquent par deux phénomènes. Le premier est la Révolution industrielle ; son apparition initiale en Grande Bretagne n’est pas étrangère au fait que la science économique restera pendant plus d’un siècle 7 Fiche 2 • Une histoire rapide des théories économiques et demi sous domination britannique. Dans des sociétés où l’activité de production était auparavant principalement agricole, le commerce étant limité aux villes et aux échanges internationaux, la Révolution industrielle bouleverse la perception des relations sociales : désormais, l’activité économique est orientée vers le marché et l’organisation même de la production repose sur un échange marchand particulier, le salariat. Le second phénomène est le développement de la doctrine libérale, en vertu de laquelle la concurrence sur les marchés est un mécanisme assurant à la fois l’efficacité économique et l’harmonie sociale, l’État devant se limiter (en dehors de ses fonctions régaliennes) à garantir la liberté économique de tous et d’abord des entreprises. De même que l’expansion de l’économie de marché, qui accompagnait la Révolution industrielle, constituait une rupture avec le commerce spécialisé et cloisonné des sociétés traditionnelles antérieures, la doctrine libérale s’inscrit d’abord en opposition à une vision interventionniste de l’État en matière économique qui justifiait l’attribution de monopoles et les réglementations corporatistes. 2. DU MERCANTILISME AU MARGINALISME On trouve les premières réflexions sur la richesse dans l’Antiquité grecque, en particulier chez Aristote, qui distingue l’échange tourné vers la satisfaction des besoins, qu’il faut encourager, et la chrématistique, échange en vue de l’enrichissement, qu’il condamne. Ces arguments furent repris au Moyen Âge par Saint Thomas d’Aquin et les scolastiques, qui en tirèrent une condamnation du prêt à intérêt (cf. fiche 4). C’est en réaction contre la doctrine thomiste qu’apparaît vers 1360 une première réflexion sur la nature de la monnaie. Contre une vision de celle-ci comme chose du prince, Nicolas Oresme soutint que la valeur de la monnaie a pour origine le consentement des marchands à l’utiliser et qu’en conséquence le prince, seule source légitime de création monétaire, doit s’abstenir de la manipuler. Deux siècles plus tard, cette relation entre le prince et les marchands fut en France au cœur des débats monétaires où se distinguèrent de Malestroit et Jean Bodin. L’analyse de cette question centrale fut étendue par le mercantilisme à l’enrichissement de la nation par un commerce extérieur contrôlé, à l’encouragement de l’emploi par la protection des industries nationales et à la stimulation de l’activité interne par la circulation de liquidités abondantes (cf. fiche 6). C’est cette vision monétaire et anti-libérale que rejeta Adam Smith (cf. fiche 13), influencé par le courant français de la physiocratie (cf. fiche 8) dont il retint la croyance en un ordre naturel, le rôle du capital dans la génération d’un surplus et le plaidoyer pour la liberté du commerce. Adam Smith fonda l’école classique (cf. fiche 9), dont l’apogée fut atteint en 1817 avec David Ricardo qui élabora un système d’économie politique reposant sur une théorie des prix relatifs et de la répartition des revenus (cf. fiche 14). Cette théorie s’imposa pendant un demi-siècle et influença même Karl Marx, qui tira de sa critique des conclusions anti-libérales et anti-capitalistes (cf. fiche 19). La « révolution marginaliste » des années 1870 conforta la doctrine libérale, mais la fonda sur une autre théorie de la valeur que celle de Ricardo : l’utilité marginale et la loi de l’offre et de la demande devinrent les outils privilégiés de l’analyse économique (cf. fiche 20). Le marginalisme s’imposa sous sa version « anglo-saxonne », élaborée par Stanley Jevons et Alfred Marshall (cf. sur ce dernier la fiche 22) ; une version « autrichienne » (cf. fiche 25), due à Carl Menger et à Eugen von Böhm-Bawerk, 8 Fiche 2 • Une histoire rapide des théories économiques combattit en Europe centrale l’influence de l’école historique allemande, rétive aux généralisations théoriques. Une troisième version du marginalisme, fondée dès 1874 par le Français Léon Walras sur le concept d’équilibre général (cf. fiche 21), fut ignorée en dehors de l’école de Lausanne, où elle fut complétée par l’Italien Vilfredo Pareto. Enfermé dans des débats internes d’où émergèrent Rosa Luxembourg et Nicolas Boukharine, le marxisme fut progressivement relégué hors de l’enseignement de la science économique (cf. fiches 17 et 18). 3. LA DIVISION EN MICROÉCONOMIE ET MACROÉCONOMIE En 1936 fut publiée par John Maynard Keynes la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, qui constituait à la fois une critique de la théorie de l’équilibre global contenue dans le marginalisme et une démonstration de l’incapacité de l’économie de marché à assurer le plein emploi (cf. fiche 29). Cette nouvelle théorie donna naissance à un courant, le keynésianisme (cf. fiche 28), dont le modèle IS-LM présenté par John Hicks dès 1937 constitua le cadre d’exposition. Après la redécouverte par Hicks en 1939 de la théorie de Walras, le champ de la science économique fut divisé en deux : la microéconomie, concernant l’allocation des ressources, les prix relatifs et la répartition des revenus, fondée sur l’équilibre général walrasien, et la macroéconomie, concernant l’activité économique d’ensemble, l’emploi et la monnaie, fondée sur l’équilibre global keynésien. À cette division théorique correspondait une division pratique du travail, l’économie de marché étant chargée de l’égalisation des offres et des demandes par branches d’activité et l’État s’occupant de la régulation conjoncturelle du niveau global d’activité. Dans les années 1950, cette vision de l’économie fut complétée par l’introduction de la dynamique, qui se fit, du côté de la microéconomie walrasienne, par Kenneth Arrow et Gérard Debreu (cf. fiche 23), et, du côté de la macroéconomie keynésienne, par Robert Solow. Ce partage des tâches, qualifié de synthèse néoclassique et dont Paul Samuelson fut l’incarnation par son œuvre abondante dès les années 1940, juxtaposait plus qu’il intégrait les composantes micro et macro de la science économique, ainsi que la défense du marché et l’intervention de l’État. Malgré cette faiblesse, il demeura jusqu’au milieu des années 1960, où il fut remis en cause de deux côtés. Une première ligne de critique résulta d’une tentative de convergence entre une conception plus radicale (dite post-keynésienne) de la croissance, illustrée entre autres par Joan Robinson et Nicholas Kaldor (cf. fiche 30), et un rejet du marginalisme au profit d’un retour aux principes de la théorie ricardienne, initié en 1960 par Piero Sraffa (cf. fiche 15). Une deuxième remise en cause vint de la théorie du déséquilibre qui, à la suite de Robert Clower (1965), s’efforça d’intégrer les idées de Walras et de Keynes en une théorie plus générale (cf. fiche 33). Mais le coup fatal fut porté par le monétarisme, défendu depuis les années 1950 par Milton Friedman (cf. fiche 31), dont la critique des politiques monétaires orientées vers la recherche du plein emploi déboucha dans les années 1970 sur le rejet pur et simple de la macroéconomie keynésienne par les nouveaux classiques regroupés autour de Robert Lucas (cf. fiche 32). Ce rejet suscita, à partir des années 1980, une réaction des nouveaux keynésiens visant à retrouver des résultats qualifiés de keynésiens à partir de fondements microéconomiques adaptés (cf. fiche 34). Bien que la microéconomie ait ainsi absorbé, d’une manière ou d’une autre, le pilier macroéconomique de la synthèse néoclassique, cela n’a pas cependant conduit à 9 Fiche 2 • Une histoire rapide des théories économiques une unification de la discipline autour du paradigme walrasien. Au sein de la microéconomie elle-même, ce paradigme fondé sur la concurrence parfaite et l’équilibre général est, depuis les années 1980, délaissé au profit d’une « nouvelle microéconomie » de la concurrence imparfaite en équilibre partiel (cf. fiche 24). Cette absence d’unification théorique explique qu’à côté des nouveaux classiques et des nouveaux keynésiens, des nébuleuses non encore stabilisées connaissent aujourd’hui un intérêt croissant autour des théories néo-autrichiennes issues de Joseph Schumpeter et de Friedrich Hayek (cf. fiches 26 et 27) ou encore autour de l’approche institutionnaliste (cf. fiches 35 et 36). Citations • La « révolution classique » : production et échange « Cette division du travail, de laquelle découlent tant d’avantages, ne doit pas être regardée dans son origine comme l’effet d’une sagesse humaine qui ait prévu et qui ait eu pour but cette opulence générale qui en est le résultat ; elle est la conséquence nécessaire, quoique lente et graduelle, d’un certain penchant naturel à tous les hommes, qui ne se proposent pas des vues d’utilité aussi étendues : c’est le penchant qui les porte à trafiquer, à faire des trocs et des échanges d’une chose pour une autre. » (Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776). • La « révolution marginaliste » : la prééminence du marché « Le monde peut être considéré comme un vaste marché général composé de divers marchés spéciaux où la richesse sociale se vend et s’achète, et il s’agit pour nous de reconnaître les lois suivant lesquelles ces ventes et ces achats tendent d’eux-mêmes à se faire. » (Léon Walras, Éléments d’économie politique pure ou théorie de la richesse sociale, 1874). • La « révolution keynésienne » : économie de marché et sous-emploi « Lorsque sur dix millions d’hommes désireux et capables de travailler il y en a neuf millions employés, il n’est pas évident que le travail de ces neuf millions soit mal orienté. Il ne faut pas reprocher au système actuel d’employer ces neuf millions d’hommes aux tâches qui leur sont imparties, mais de n’avoir pas d’ouvrage disponible pour le dernier million. C’est le volume et non la direction de l’emploi que le système actuel détermine d’une façon défectueuse. » (John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936). 10

Author Ghislain Deleplace Isbn 978-2100499076 File size 102.3 MB Year 2015 Pages 27 Language French File format PDF Category Economics Book Description: FacebookTwitterGoogle+TumblrDiggMySpaceShare Cet ouvrage présente toute l’histoire de la pensée économique en 40 fiches. Il est l’outil indispensable à la réussite des examens en Histoire de la pensée économique. Chaque fiche expose : l’essentiel à savoir, les concepts de base, des citations. À la fin de l’ouvrage, 130 QCM pour réviser, et un mini dictionnaire de 100 économistes. L’ouvrage ne se substitue pas aux manuels existants mais vient les compléter pour la révision. L’ensemble de la matière et des connaissances à acquérir y sont présentées de façon simple et concise.     Download (102.3 MB) Mini Bled – Conjugaison En Poche : Pour Ne Plus Se Tromper ! Introduction à la biologie du développement Economie et politiques de l’environnement : Principe de précaution, Critères de soutenabilité Héloïse Martelest, Mini Et Maxi Cocottes En 130 Recettes Et Si Je Me Mettais Aux Réseaux Sociaux Load more posts

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