Chögyam Trungpa, Pratique De La Voie Tibétaine by Chögyam Trungpa


23576f7b3a1d55a.jpg Author Chögyam Trungpa
Isbn 978-2757839874
File size 7 MB
Year 2014
Pages 258
Language French
File format PDF
Category religion



 

Chögyam Trungpa Pratique de la voie tibétaine Au-delà du matérialisme spirituel Traduit de l’américain par Vincent Bardet Éditions du Seuil La version originale de cet ouvrage a été publiée en 1973 par Shambhala Publications, à Berkeley, sous le titre Cutting Through Spiritual Materialism. © 1973, Chögyam Trungpa. ISBN 2-02-00-4395-5 (édition originale : ISBN 0-8773-050-4) © 1976, Éditions du Seuil pour la traduction française. La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de 1 ’auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. À Chokyi-lodro le Marpa père de la lignée Kagyü Table Introduction Le matérialisme spirituel Lâcher prise Le maître L’initiation L’auto-illusion La voie abrupte La voie ouverte Le sens de l’humour Le développement de l’ego Les Six Mondes Les Quatre Nobles Vérités Le Sentier du Bodhisattva Shunyata Prajna et compassion Tantra Chögyam Trungpa Rinpoche a fondé plusieurs communautés contemplatives bouddhistes en Amérique du Nord, dont les plus importantes sont Karma Dzong à Boulder, dans le Colorado, et la Queue du Tigre à Barnet, dans le Vermont. Il a aussi créé une communauté thérapeutique expérimentale, et mis sur pied l’institut Naropa, établissement académique dans lequel les étudiants peuvent faire l’expérience de l’interaction des disciplines intellectuelles bouddhiques et occidentales. Comme il dirige ces centres, et qu’il y est le professeur principal, de nombreux étudiants trouvent en lui à la fois un ami et un maître de méditation. En tant qu’onzième incarnation du Trungpa Tulku, Chögyam Trungpa fut élevé, dès son enfance, en vue d’occuper la charge d’abbé suprême des monastères de Surmang, dans le Tibet occidental. À l’issue d’une longue période d’entraînement difficile, il fut initié et couronné héritier des lignées de Milarepa et Padmasambhava. Puis il mena à leur terme ses études méditatives et intellectuelles dans les traditions Kagyü et Nyingma. Trungpa fut forcé de quitter son pays lorsque les communistes chinois envahirent le Tibet, en 1959. Il passa trois ans en Inde, puis se rendit en Angleterre, à Oxford, où il mena des études de psychologie et de religion comparée. Après un séjour de quatre ans à Oxford, il fonda le premier centre bouddhiste tibétain d’étude et de méditation en Occident, Samye-Ling, en Écosse. En 1970, il visita les États-Unis et, en réponse à l’extraordinaire intérêt suscité par son enseignement, décida d’y résider. Il enseigne à l’université du Colorado, et parcourt les ÉtatsUnis et le Canada, participant à des séminaires et donnant des conférences. Il est l’auteur d’une autobiographie, Né au Tibet (Buchet-Chastel) ; d’un livre de poésie, Mudra (non traduit); de l’ouvrage Méditation et Action (coll. « Documents spirituels » Fayard); et d’un livre à venir qui a pour titre le Mythe de la liberté. Pour toute information sur les centres de Trungpa, écrire à : Vajradhatu, 1111 Pearl St., Boulder, Colo. 80302. Introduction La série de causeries qui va suivre fut prononcée à Boulder, dans le Colorado, en automne 1970 et au printemps 1971. À cette époque, nous étions en train de constituer Karma Dzong, notre centre de méditation à Boulder. Bien que la plupart de mes étudiants fussent sincères dans leur aspiration à cheminer sur le sentier spirituel, ils arrivaient pleins d’une bonne dose de confusion, d’incompréhension et d’attente. Aussi me parutil nécessaire de leur présenter un survol du sentier et quelques avertissements concernant les embûches qui le jalonnent. Il apparaît aujourd’hui que la publication de ces causeries peut se révéler de quelque utilité pour ceux qui s’intéressent aux disciplines spirituelles. Le cheminement correct sur le sentier spirituel est un processus fort subtil; ce n’est point quelque chose dans quoi il faille plonger naïvement. Un certain nombre de voies de traverse conduisent à une version distordue, égocentrique de la spiritualité ; nous pouvons nous illusionner en pensant que nous nous développons spirituellement, alors qu’en fait nous usons de techniques spirituelles pour renforcer notre ego. Cette distorsion fondamentale mérite le nom de matérialisme spirituel. Au long de ces causeries, on envisage d’abord les différentes façons dont les gens sont impliqués par le matérialisme spirituel, les nombreuses formes d’auto-illusion dans lesquelles les débutants sont susceptibles de tomber. Et, après avoir fait le tour des chemins de traverse qui bordent la voie, on procède à une rapide reconnaissance du tracé du véritable sentier spirituel. Notre démarche est une démarche bouddhiste classique pas dans un sens formel, mais en ce que nous allons au cœur de l’approche bouddhique de la spiritualité. Bien que la voie du Bouddha ne soit pas déiste, elle n’entre pas en contradiction avec les disciplines postulant l’existence d’un Dieu. Les différences entre les voies portent plutôt sur l’accent et la méthode. Les problèmes fondamentaux du matérialisme spirituel sont communs à toutes les disciplines spirituelles. Dans l’approche bouddhiste, on part de la confusion et de la souffrance qui sont notre lot, et l’on s’emploie à démêler l’écheveau des causes. Dans l’approche déiste, on part de la richesse divine, et l’on tâche d’élever sa conscience jusqu’à faire l’expérience de la présence de Dieu. Mais dès lors que notre confusion et nos points négatifs sont un obstacle à la relation avec Dieu, l’approche déiste doit s’en occuper aussi. L’orgueil spirituel, par exemple, est tout à fait un problème commun aux disciplines déistes et au bouddhisme. Selon la tradition bouddhiste, l’avance sur le sentier spirituel consiste à pourfendre notre confusion et à recouvrer l’état d’éveil, condition originelle de notre esprit. Lorsque l’esprit, dans sa condition éveillée, est encombré par l’ego et la paranoïa attenante, il prend les caractéristiques d’un instinct sous-jacent. Aussi n’est-il pas tant question d’édifier l’état d’éveil que de réduire en cendres les confusions qui l’obscurcissent. Et c’est dans le processus même de destruction de ces confusions que l’on accède à la lumière. S’il en était autrement, la condition éveillée de l’esprit serait un produit dépendant des causes et des effets, et donc soumise à dissolution. Tout ce qui a été créé doit, tôt ou tard, périr. Si l’éveil était une création, l’ego pourrait toujours, se réaffirmant, causer un retour à l’état de confusion. L’éveil est permanent parce que nous ne l’avons pas produit, nous l’avons seulement découvert. Dans la tradition bouddhiste, on a souvent recours à l’image du soleil apparaissant derrière les nuages pour expliquer la découverte de l’éveil. Dans la pratique de la méditation, nous chassons la confusion de l’ego pour entrevoir la lumière de l’éveil. Si nous savons nous débarrasser de l’ignorance, de l’encombrement intérieur, de la paranoïa, nous nous ouvrons à une vision fabuleuse de la vie. On découvre une nouvelle façon d’être. Le cœur de la confusion consiste en ce que chaque homme a une perception de soi qui lui paraît être solide et continue. Lorsque surviennent une pensée, une émotion ou un événement, quelqu’un est conscient de ce qui se passe. Vous avez conscience de lire ces mots. Cette perception de soi est en fait un phénomène transitoire et discontinu que, dans notre confusion, nous prenons pour un phénomène solide et continu. Et comme nous prenons notre vue confuse pour la réalité, nous nous efforçons de maintenir et de conforter ce soi solide. Nous tâchons de le nourrir de plaisirs et de le protéger de la douleur. L’expérience menace sans cesse de nous révéler notre caractère transitoire, aussi tentons-nous continuellement de neutraliser toute possibilité de découvrir notre condition réelle. « Mais, demandera-t-on, si notre condition est un état éveillé, pourquoi sommes-nous tellement occupés à essayer d’éviter d’en prendre conscience? » Nous sommes tellement absorbés par notre confuse vision du monde que nous la prenons pour réelle - c’est, pour nous, le seul monde possible. En cet effort pour maintenir la perception d’un soi solide et continu réside précisément l’action de l’ego. Cependant l’ego ne réussit que partiellement à. écarter toute douleur. L’insatisfaction qui va de pair avec les tentatives de l’ego nous incite à examiner ce que nous faisons. Et, comme il y a toujours des failles dans notre conscience de soi, le regard est possible. Dans le bouddhisme tibétain, on a recours à une intéressante métaphore pour décrire le fonctionnement de l’ego, celle des « Trois Seigneurs du Matérialisme » : le « Seigneur de la Forme », le « Seigneur de la Parole », et le « Seigneur de l’Esprit ». Nous allons brièvement les détailler, en précisant que, dans les lignes qui vont suivre, les mots « matérialisme » et « névrotique » se réfèrent à l’action de l’ego. Le Seigneur de la Forme concerne la quête névrotique de confort, de sécurité et de plaisir. Notre société technologique hautement organisée est le reflet d’une préoccupation tout entière tournée vers la manipulation de l’environnement physique en vue de se protéger des atteintes de la vie sous son aspect brut et imprévisible. Ascenseurs presse-bouton, nourriture conditionnée, chauffage central, chasses d’eau, enterrements privés, programmes de retraites, production de masse, satellites météorologiques, bulldozers, lumière au néon, journée continue, télévision - tout cela représente des efforts en vue de créer un monde contrôlable et sûr, prévisible et agréable. Le Seigneur de la Forme ne se réfère pas aux situations vitales physiquement riches et sûres que nous créons en ellesmêmes. Il s’agit bien plutôt du souci névrotique qui nous incite à les créer, à vouloir contrôler la nature. Il est question de la prétention qu’a l’ego de se tenir à l’abri et de se donner du plaisir, en évitant autant que possible toute irritation. Ainsi nous accrochons-nous à nos plaisirs et à nos possessions. Craignant ou forçant le changement, nous essayons de nous créer un nid ou un terrain de jeu. Le Seigneur de la Parole concerne l’emploi de l’intellect dans la relation à notre monde. Nous adoptons des jeux de catégories qui nous servent de manettes pour contrôler les phénomènes. Les idéologies, systèmes d’idées qui rationalisent, justifient et sanctifient nos vies, sont les produits les plus pleinement développés de cette tendance. Nationalisme, communisme, existentialisme, christianisme, bouddhisme tous les « isme » nous munissent d’identités, de règles d’action et d’interprétations sur le pourquoi et le comment des choses telles qu’elles surviennent. De nouveau, l’usage de l’intellect n’est pas en soi le Seigneur de la Parole. Le Seigneur de la Parole se réfère à cette inclination de l’ego à interpréter tout ce qui le menace ou l’irrite de façon à neutraliser la menace ou à la convertir en quelque chose de « positif » de son point de vue. Le Seigneur de la Parole concerne l’usage des concepts comme filtres qui font écran à une perception directe de ce qui est. Les concepts sont pris trop au sérieux, nous nous en servons comme outils pour solidifier notre monde et nous-mêmes. S’il existe un monde de choses nommables, parmi ces choses nommables existe un Je. Nous ne voulons laisser aucune place pour le doute, l’incertitude ou la confusion menaçants. Le Seigneur de l’Esprit concerne l’effort de la conscience en vue de rester consciente d’elle-même. Il règne lorsque nous nous servons de disciplines psychologiques et spirituelles en vue de maintenir et de conforter notre conscience de soi. Les drogues, le yoga, la prière, la méditation, la transe, la psychanalyse peuvent être utilisés de cette manière. L’ego est capable de tout annexer à ses propres fins, y compris la spiritualité. Par exemple, si l’on a appris une technique de méditation ou une pratique spirituelle particulièrement bénéfique, il commence par la considérer avec fascination, puis il l’examine. Mais, en tout état de cause, comme l’ego est d’apparence solide et qu’il ne peut pas véritablement absorber quoi que ce soit, il se borne à imiter. Aussi s’efforce-t-il d’examiner et d’imiter la pratique de la méditation et le mode de vie spirituel. Lorsque l’on connaît toutes les ficelles et les réponses du jeu spirituel, on essaye automatiquement d’imiter la spiritualité, dès lors qu’un engagement véritable exigerait l’élimination complète de l’ego et qu’à vrai dire, abandonner complètement l’ego est bien la dernière chose que l’on souhaite faire. Cependant, on ne peut faire l’expérience de ce que l’on essaye d’imiter; tout ce que l’on peut découvrir est une région, à l’intérieur des limites de l’ego, qui semble être la même chose. L’ego traduit tout en termes de son propre état de santé, de ses propres qualités inhérentes. Il est tout excité à l’idée d’avoir créé quelque chose de grand lorsqu’il a produit un tel modèle. Au moins il a créé quelque chose de tangible, un accomplissement, une confirmation de sa propre individualité. Si nous réussissons à maintenir notre conscience de soi en usant de techniques spirituelles, un développement spirituel authentique est hautement improbable. Nos habitudes mentales deviennent si fortes qu’il est difficile de les pénétrer. Nous pouvons même aller jusqu’au point d’atteindre l’état totalement démoniaque d’ « Égoïté » complète. Même si le Seigneur de l’Esprit est le plus puissant subvertisseur de la spiritualité, les deux autres Seigneurs peuvent aussi dévaster une pratique spirituelle. Le retour à la nature, l’isolement, la communauté avec des gens simples, tranquilles, sereins1 - tout cela peut être une façon de nous protéger de l’agression, une expression du Seigneur de la Forme. Ou peut-être la religion fournit-elle les éléments rationnels nous permettant de créer un nid rassurant, une demeure simple mais confortable, une campagne agréable, un travail stable et plaisant. Le Seigneur de la Parole intervient également dans la pratique spirituelle. Il se peut qu’en suivant un chemin spirituel, nous substituions une nouvelle idéologie religieuse à nos croyances antérieures, mais que nous continuions à nous en servir de la vieille façon névrotique. Quelque sublimes que puissent être nos idées, nous les prenons trop au sérieux et nous en servons pour maintenir notre ego, nous sommes encore sous la coupe du Seigneur de la Parole. Si nous examinons nos actions, la plupart d’entre nous conviendront probablement qu’ils sont dominés par l’un des trois Seigneurs, si ce n’est les trois. On dira : « Et alors? Voilà tout simplement une description de la condition humaine. Nous le savons bien, notre technologie ne peut nous prémunir contre la guerre, le crime, la maladie, la crise, le travail contraignant, la vieillesse et la mort; et, certes, nos idéologies ne nous protègent pas du doute, de l’incertitude, de la confusion et de la désorientation; quant à nos thérapies, elles ne peuvent rien contre la dissolution des états élevés de conscience qu’il nous arrive d’atteindre temporairement, ni contre la déception et l’angoisse qui suivent. Mais que pouvons-nous faire d’autre? Les trois Seigneurs paraissent trop puissants pour qu’il soit question de les renverser et nous ne voyons pas par quoi les remplacer. » 1 High en américain (NDT). Troublé par ces questions, Bouddha2 examina le processus selon lequel règnent les Trois Seigneurs. Il se demanda pourquoi nos esprits les suivent et pourquoi il existe une autre voie. Il découvrit que les Trois Seigneurs nous séduisent à l’aide d’un mythe fondamental : la solidité de notre être. Mais, en dernier recours, le mythe est faux, c’est une farce énorme, une fraude gigantesque et là est la racine de tous nos maux. Pour faire cette découverte, il dut pourfendre les défenses très élaborées érigées par les Trois Seigneurs en vue d’empêcher leurs sujets de découvrir la tromperie fondamentale sur laquelle est assis leur pouvoir. Nous ne pouvons en aucune façon nous libérer de la domination des Trois Seigneurs si nous ne brisons, nous aussi leurs puissantes défenses, ligne après ligne. Les défenses des Trois Seigneurs sont créées à partir du matériau de notre esprit. Ils se servent de ce matériau de l’esprit de telle sorte que soit maintenu le mythe fondamental de la solidité. Si nous voulons voir comment fonctionne le processus en ce qui nous concerne, il nous faut examiner notre propre expérience. « Mais comment allons-nous mener l’examen? Quelle méthode ou quel outil allons-nous utiliser? » La méthode découverte par le Bouddha en méditation. Il découvrit qu’il ne sert à rien de lutter pour trouver des réponses. Mais qu’au contraire l’examen devenait possible seulement lorsque cessait le combat. Il commença à réaliser qu’il y avait en lui une qualité saine, éveillée, qui ne se manifestait qu’en l’absence de lutte. Ainsi la pratique de la méditation implique-t-elle le « lâcher prise ». Il existe un certain nombre d’idées fausses concernant la méditation. Certaines personnes la considèrent comme un état 2 « L’éveillé » (NDT). d’esprit analogue à une transe. D’autres y pensent en termes d’entraînement, de gymnastique mentale. Mais la méditation n’a rien à voir avec cela, bien qu’elle rencontre effectivement des états d’esprit névrotiques. Il n’est pas particulièrement difficile, et encore moins impossible, de trouver l’attitude juste face à un état d’esprit névrotique. Cet état est doté d’énergie, de vitesse et d’une certaine structure. La pratique de la méditation implique un lâcher prise - essayer de s’harmoniser avec la structure, l’énergie et la vitesse. De cette façon, on apprend à se comporter avec ces facteurs, on entretient avec eux une relation qui ne consiste pas à provoquer leur maturation dans le sens que l’on souhaiterait, mais à les connaître pour ce qu’ils sont et à entrer dans leur structure. Une histoire touchant le Bouddha raconte qu’il donna un jour son enseignement à un célèbre joueur de cithare qui voulait étudier la méditation. Le musicien demanda : « Dois-je contrôler mon esprit, ou le laisser aller complètement? » Bouddha répondit : « Puisque tu es un bon musicien, dis-moi donc comment tu accordes ton instrument. » Le musicien dit : « Les cordes ni trop tendues, ni trop lâches. » - « Il en est de même de ta pratique de la méditation, dit le Bouddha, tu ne dois rien imposer de force à ton esprit, ni le laisser vagabonder. » C’est l’enseignement qui consiste à laisser l’esprit être ouvertement, à sentir le flux de l’énergie sans chercher à le dominer et sans cesser de le contrôler, à s’harmoniser avec la structure énergétique de l’esprit. C’est la pratique de la méditation. Une telle pratique est généralement nécessaire parce que notre structure mentale, notre façon de conceptualiser la conduite de notre vie dans le monde, est ou bien trop manipulatrice, se surimposant au monde, ou bien fonctionne de manière complètement sauvage et incontrôlée. Aussi bien notre pratique de la méditation doit-elle commencer par la couche la plus superficielle de l’ego : les pensées discursives qui traversent continuellement notre esprit, notre bavardage mental. Les Seigneurs utilisent ces pensées discursives comme première ligne de défense, comme artifice pour nous illusionner. Plus nous en engendrons, plus notre mental est occupé et plus nous sommes convaincus de notre propre existence. Aussi les Seigneurs essayent-ils constamment d’activer ce processus intellectuel; ils tentent de créer une succession ininterrompue de pensées, de sorte que rien ne soit perceptible au-delà. Dans la véritable méditation, on ne cherche ni à agiter les formations mentales, ni à les supprimer. On les laisse survenir spontanément et devenir une expression de notre santé fondamentale. Elles deviennent l’expression de la précision et de la clarté de l’état d’esprit éveillé. Si l’on pénètre la stratégie consistant à créer des pensées qui se chevauchent continuellement, alors les Seigneurs agitent des émotions pour nous distraire. La qualité existante, colorée, dramatique de ces émotions capte notre attention et nous absorbe comme le ferait un bon film. Dans la pratique de la méditation, on ne les encourage pas, et on ne les réprime pas non plus. En les voyant clairement, en les laissant être ce qu’elles sont, on ne les laisse pas plus longtemps nous distraire et nous captiver. Ainsi deviennent-elles l’énergie inépuisable qui irrigue l’action dépourvue d’ego. En l’absence de pensées et d’émotions, les Seigneurs sortent une arme encore plus puissante : les concepts. Étiquetés, les phénomènes produisent l’illusion d’un monde fini de « choses » solides. Un tel monde solide nous assure que nous aussi sommes quelque chose de solide, de continu. Le monde existe; donc moi qui le perçois, j’existe aussi. La méditation implique que l’on voie la transparence des concepts, de telle sorte que l’étiquetage ne soit plus un moyen de solidifier notre monde et notre image de soi. Le concept devient simplement l’outil de la discrimination. Les Seigneurs ont encore d’autres mécanismes de défense, mais ils sont trop complexes pour être abordés ici. En examinant ses propres pensées, émotions, concepts, et les autres activités de l’esprit, Bouddha découvrit qu’il n’est pas nécessaire de lutter pour prouver notre existence, et que nous n’avons nul besoin de rester assujettis aux Trois Seigneurs du Matérialisme. Il n’y a pas à lutter pour être libre, l’absence de lutte est en elle-même liberté. Cet état sans ego est la condition de Bouddha. Transformer le matériau de l’esprit - qui exprime au départ l’ambition de l’ego - en expression de notre santé et de notre éveil fondamentaux, tel peut être défini le véritable sentier spirituel. Le matérialisme spirituel Nous sommes venus ici étudier la spiritualité. Je crois à l’authenticité de cette recherche mais nous devons en questionner la nature. Le problème est que l’ego peut tout convertir à son propre usage, même la spiritualité. L’ego tente constamment d’acquérir et d’appliquer les enseignements spirituels à son propre bénéfice. Les enseignements sont abordés comme quelque chose d’extérieur - extérieur à « moi » -, une philosophie que l’on tâche d’imiter. Mais on ne souhaite pas réellement s’identifier avec les enseignements, devenir les enseignements. Alors, si le professeur parle de renoncer à l’ego, on essaye de mimer la renonciation. On fait les mouvements, les gestes appropriés, mais en fait on ne veut à aucun prix sacrifier le moindre élément de son mode de vie. On devient un acteur averti et, tandis que l’on demeure sourd et aveugle à la signification véritable des enseignements, on trouve quelque confort à faire semblant de suivre le sentier. Dès que nous commençons à sentir une divergence ou un conflit entre nos actions et les enseignements, nous interprétons immédiatement la situation de façon que la contradiction soit neutralisée. L’interprète est l’ego dans son rôle de conseiller spirituel. La situation ressemble à un pays où l’État et l’Église sont séparés. Si la police de l’État n’entend rien aux enseignements de l’Église, la réaction automatique du chef de l’État est d’aller voir le chef de l’Église, son conseiller spirituel, et de lui demander sa bénédiction. Le chef de l’Église met alors au point quelque justification et bénit la police sous prétexte que le chef de l’État est le défenseur de la foi. Dans l’esprit d’un individu, ça marche tout à fait comme ça, l’ego étant à la fois roi et pape!

Author Chögyam Trungpa Isbn 978-2757839874 File size 7 MB Year 2014 Pages 258 Language French File format PDF Category Religion Book Description: FacebookTwitterGoogle+TumblrDiggMySpaceShare « Un certain nombre de voies de traverse conduisent à une version distordue, égocentrique, de la vie spirituelle. Nous pouvons nous illusionner en pensant que nous développons spirituellement, alors qu’en fait nous usons de techniques spirituelles pour renforcer notre ego. Cette distorsion fondamentale mérite le nom de matérialisme spirituel. »Chögyam TrungpaCes enseignements ont fait connaître Chögyam Trungpa à l’Occident. Ils n’ont rien perdu de leur force d’attaque et de leur clarté dans l’exposition des principes de la voie bouddhiste. Le style pédagogique de l’auteur, inimitable et emprunt d’humour, a révolutionné la transmission du dharma.     Download (7 MB) Introduction à la biologie du développement Réponse à l’écologisme: Comment La Connaissance Permet De Réfuter Les Peurs Entretenues Attrape-songes, Guide Des Rêves Lucides Les Représentations Sociales Et si je faisais bonne impression ! Load more posts

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