Alfred Jarry : L’Expérimentation du singulier by Karl Pollin


7258c78bb1236b2-261x361.jpg Author Karl Pollin
Isbn 9789042037694
File size 1.7MB
Year 2013
Pages 286
Language French
File format PDF
Category culture



 

Alfred Jarry FAUX TITRE 389 Etudes de langue et littérature françaises publiées sous la direction de Keith Busby, †M.J. Freeman, Sjef Houppermans et Paul Pelckmans Alfred Jarry L’Expérimentation du singulier Karl Pollin AMSTERDAM - NEW YORK, NY 2013 Illustration couverture: portrait de Jarry par Félix Vallotton. The paper on which this book is printed meets the requirements of ‘ISO 9706: 1994, Information and documentation - Paper for documents Requirements for permanence’. Le papier sur lequel le présent ouvrage est imprimé remplit les prescriptions de ‘ISO 9706: 1994, Information et documentation - Papier pour documents Prescriptions pour la permanence’. ISBN: 978-90-420-3769-4 E-Book ISBN: 978-94-012-1018-8 © Editions Rodopi B.V., Amsterdam - New York, NY 2013 Printed in The Netherlands Aux morts : Quinton T. Willis Aurélien et Dany Pollin Et, bien sûr, aux vivants. « Apparently before J. had left us He wrote some poems Wrote them for no-one I guess I’ll show them » Jason Lytle, The Software Slump Remerciements Si les livres surgissent rarement de nulle part, leur existence, très souvent, repose sur un silence, sur un rien. Je remercie Claire Nouvet de n’avoir jamais minimisé l’étendue de ce rien et d’avoir réussi à me communiquer, au fil des années et au gré des rencontres, la farouche intransigeance éolienne qui permet de mieux s’y mesurer, au moment où le sol, lorsque l’on s’y attend le moins, s’effrite sous nos pieds. La publication de ce manuscrit doit également beaucoup à Nikola Delescluse, qui a corrigé les différentes épreuves du texte, qui m’a secouru lors d’inénarrables démêlés estivaux avec Word 2007, et dont l’inestimable voix fraternelle, par-delà l’Océan Atlantique, m’a aidé à surmonter plusieurs moments de découragement, et à m’extraire des quelques impasses dans lesquelles ma lecture de Jarry semblait parfois s’engager. Je remercie l’ensemble du Department of Foreign Languages de l’université de Tulsa (USA) pour la confiance qu’il m’a accordée, et notamment Lydie Meunier pour son indéfectible amitié. Je tiens également à marquer ma reconnaissance aux revues et ouvrages collectifs qui ont déjà publié des fragments de cette recherche sous forme d’articles, et qui m’ont autorisé à les reprendre ici dans une version intégralement remaniée. Il s’agit, dans l’ordre chronologique, de « Alfred Jarry, entre épistémologie et sciencefiction », in L’école des philosophes 10 (décembre 2008) : 57-70, « Alfred Jarry, poète cymbaliste », in Alfred Jarry et la culture tchèque, Mariana Kunesova Éd. (Ostrava : Ostravská univerzita, 2008), 37-50, et enfin « Le Surmâle de Jarry, ou la marionnette comme expérience de la limite », in Contemporary French and Francophone Studies, 14.3 (2010), 305-312. J’exprime également toute ma gratitude à celles et à ceux qui, par leur soutien, leurs commentaires, leur patience, et leur générosité, ont contribué aux différentes phases de l’élaboration de ce livre : Javier Bravo-Arias, Le French & Italian Department de l’Université d’Emory (Atlanta, USA) – et plus particulièrement Elissa Marder, Geoffrey Bennington et Dalia Judovitz – , Christophe Bident, Evelyne Grossman, Jean Delabroy, Serge Margel, Françoise Davoine, JeanMax Gaudillière, Jean Decottignies, Didier Pollin, Paulette Dubois, Annie Le Brun, Radovan Ivsic, Patrick Besnier, Julien Schuh, Jill Fell, Nicolaj Lubecker, François Laruelle, Mariana Kunesova, Michel Lantelme, Béatrice Micheau, Larry Schehr, Lisa Harrison, Philippe Sabot, Stéphanie Boulard, Christopher Treadwell, Amin Erfani, Blandine Mitaut, Naïma Hachad, Marilène Haroux, Olivia Choplin, Jason Lytle et Scott Walker – pour la musique –, Kathryn Webb, Chester Desmond, Derek Pierce, Dylan Weaver, les chats Gozu et Isidore. Introduction L’objectif avoué de cette réflexion consiste à revisiter, par le prisme d’une œuvre dite littéraire, la question des singularités. Inutile pourtant de nier que c’est d’abord une rencontre qui est à l’origine de ce projet. Il est de ces rencontres que l’on s’acharne, au fond de soi, à constamment repousser, par crainte sans doute qu’elles nous ôtent un peu trop de nous-mêmes, ou peut-être parce que l’on pressent que la pente aiguë sur laquelle elles nous entraînent rendra d’autant plus précaire la stabilité de notre rapport à la vie. Alors, on reporte à plus tard l’instant de la confrontation, on se croit tenu de prendre quelque distance, sachant bien que, à un moment ou un autre, il ne sera plus possible d’avoir recours aux faux-fuyants. Si ma rencontre avec l’œuvre d’Alfred Jarry est relativement récente (si on la mesure en années-vie), j’avoue qu’il m’est arrivé de croiser son regard par image interposée, il y a de cela bien longtemps. Ce qui m’avait d’emblée frappé, dans ce portrait réalisé par Vallotton en 1901, c’était le regard impavide et déterminé de Jarry, « d’une singulière phosphorescence, regard d’oiseau de nuit »1, comme l’écrirait Rachilde quelques décennies plus tard à propos de son ami. Si ce regard-là défie le monde, ce n’est pas toutefois à la manière d’un ambitieux, qui évaluerait cyniquement, comme un Rastignac, les territoires qu’il est sur le point de conquérir. Toute la puissance de ce regard noir et inflexible semble plutôt être contenue dans la résistance qu’il oppose à celui du spectateur : vous qui croyez pouvoir me saisir par mon image, sachez par avance que je vous ai échappé, que je suis déjà ailleurs, réfugié dans des contrées anonymes qu’aucune carte à ce jour n’est parvenue à représenter. Force est pourtant de constater aujourd’hui que ce ne sont pas les balises qui manquent, en vue de faciliter l’accès à une œuvre protéiforme, qui surprend par sa diversité. L’histoire littéraire nous apprend ainsi que le nom de Jarry trouve sa place dans la constellation post-symboliste, à laquelle il reste encore souvent 1 Rachilde, Alfred Jarry ou le Surmâle des Lettres (Paris : Grasset, 1928), p.15. 10 L’EXPÉRIMENTATION DU SINGULIER associé : à la noirceur de son regard répondrait alors idéalement l’obscurité supposée d’un mouvement poétique, celui-là même qui célébrait, à l’écart du grand public, l’éclat d’une parole autoréférentielle, sans prise directe sur la réalité. Cette notion de « symbolisme » dissimule pourtant, par-delà sa fonction unifiante, des projets et des pratiques extrêmement divergents. Comme le rappelle Valéry, il n’y a jamais eu, à proprement parler, d’esthétique ou même d’école symboliste2 : la fonction d’une telle dénomination n’est jamais que de regrouper dans l’après-coup, à des fins classificatoires, une série d’œuvres rebelles qui ont vu le jour en France, entre 1860 et 1900, en marge du romantisme et du naturalisme. Est-il alors bien pertinent d’identifier la démarche de Jarry au moyen de ce terme générique qui en absorbe les points de résistance spécifiques et qui en néglige précisément le caractère singulier ? Cela dit, sitôt écarté le spectre du symbolisme, pointe déjà une seconde balise, qui fait disparaître le nom de Jarry derrière celui de son texte le plus célèbre, Ubu Roi. Cette nouvelle balise, à l’image d’un gigantesque panneau d’autoroute, paraît tellement imposante qu’elle semble décourager par avance le lecteur qui s’obstinerait à préférer les chemins détournés. Trop couramment, le public d’aujourd’hui ne retient en effet de l’œuvre de Jarry que cette pièce emblématique : une œuvre dont la première représentation, donnée en 1896 sur fond de scandale, aurait consommé la rupture « historique » entre d’un côté l’avant-garde théâtrale et de l’autre les partisans d’une certaine tradition établie. Quand bien même on pourrait légitimement contester, à la lumière des travaux récents de Patrick Besnier, l’aspect quelque peu mythique de cette répartition bipolaire, Ubu Roi n’apparaît pas moins comme une œuvre qui fait date, aussi bien dans l’histoire du théâtre que dans celle de la mise en scène. Si la critique s’accorde à établir que la pièce a donné lieu à l’invention d’une nouvelle forme d’expression scénographique, elle omet néanmoins 2 Paul Valéry, « Existence du symbolisme », in Variété, recueilli dans Œuvres Complètes I (Paris : Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1957), pp.686-706. On se souviendra également des propos de Mallarmé qui, en réponse à une enquête menée par le critique Jules Huret, ne se privait pas d’affirmer : « J’abomine les écoles et tout ce qui y ressemble : je répugne à tout ce qui est professoral appliqué à la littérature qui, elle, au contraire, est tout à fait individuelle. Pour moi, le cas d’un poète, en cette société qui ne lui permet pas de vivre, c’est le cas d’un homme qui s’isole pour sculpter son propre tombeau » (propos cités par Henri Lemaître, La Poésie depuis Baudelaire (Paris : Armand Colin, 1965) , p.107). INTRODUCTION 11 trop souvent de préciser que l’épisode « Ubu » marque également pour Jarry une remise en cause radicale de la figure instituée du dramaturge, et plus généralement de l’écrivain. On sait que la représentation d’Ubu Roi était précédée, à l’origine, d’une courte conférence de l’auteur. Une conférence, vraiment ? Le terme est sans doute, dans sa neutralité faussement bienveillante, mal choisi. D’après le témoignage de Georges Raymond, « Jarry parut devant le rideau, très fardé, en chandail et sans faux col, s’assit devant une mauvaise table, à demi recouverte d’une sorte de serpillière, lut, ou plutôt bredouilla, d’une voix morte et de façon inintelligible, quelque chose d’aussi effacé que sa silhouette » 3. Cette brève apparition va suffire pour que s’estompent les frontières entre la réalité et l’illusion, et que le statut de l’auteur vole en éclat. S’il peut lui arriver de prendre part à la mise en scène, de tenir un rôle en tant que comédien, ou encore d’intervenir sur la plateau à des fins polémiques ou explicatives, on sait que le dramaturge est, d’ordinaire, exclu de l’espace de la représentation. Extérieur à ce qui se joue sur le plateau, il incarne, bon gré mal gré, cette figure d’autorité qui détiendrait, en ultime instance, le sens du texte représenté. En intervenant directement sur scène le 10 décembre 1896, Alfred Jarry transgresse donc un double interdit. Loin d’introduire ou même de commenter sa propre pièce, il provoque d’emblée, par ses bredouillements, le vacillement d’une parole dont le sens résiste à l’intelligibilité. Mais en intégrant sa propre présence à l’intérieur du spectacle, Jarry propulse également l’auteur sur le devant de la scène, quitte à en faire désormais un personnage de plus, dont l’artificialité serait intégralement assumée. Au mépris de toute pédagogie, Jarry choisit, au cours de la première d’Ubu Roi, de se soustraire à la pratique du commentaire, préférant suicider symboliquement son propre personnage public. L’épaisse couche de fard dont il recouvre son visage tiendra lieu, dès lors, d’embaumement prématuré. Mais est-ce bien un cadavre que ce corps qui continue, malgré tout, à écrire et à parler ? La prise de connaissance du texte lu ce soir-là permet d’avoir un aperçu un peu plus précis du projet de l’auteur, tel qu’il avait initialement été rédigé. « Marionnettes que 3 Témoignage rapporté par Patrick Besnier, in Alfred Jarry (Paris : Fayard, 2005), p.269. 12 L’EXPÉRIMENTATION DU SINGULIER nous voulions être », « Être tout à fait marionnette »4, note Jarry, exprimant ainsi en toutes lettres l’ambition par laquelle son intervention aurait été motivée. Un tel objectif, pourtant, devient fuyant dès l’instant où il s’énonce. Si l’auteur, en tant que construction sociale, n’est qu’une figure factice, une baudruche à dégonfler, quelle valeur doit-on alors accorder à cette volonté autodestructrice qui pousse Jarry à se transformer lui-même sur scène en une marionnette désincarnée, dans laquelle se résorberait l’individualité de ses traits ? N’a-t-on pas quitté ici le registre du constat théorique pour basculer imperceptiblement du côté du fantasme ? Qu’on m’autorise, pour l’instant, à ne pas trancher. Reconnaissons néanmoins que si l’on est là en présence d’un fantasme, celui-ci semble, près d’un siècle plus tard, s’être entièrement matérialisé. Pris au piège de ses propres jeux de masques, Jarry, dans l’imaginaire collectif, s’est peu à peu effacé derrière Ubu, pour devenir la marionnette de ses lecteurs : entendons par là une figure burlesque et histrionique, dont le principal mérite serait d’avoir rajeuni, par sa culture de potache et son humour vaguement régressif, le paysage littéraire français. Contre toute attente, il sera très peu question d’Ubu Roi à l’intérieur de cet essai. Plus que l’œuvre phare du poète, ce sont en effet ses balbutiements qui ont retenu l’essentiel de mon intérêt. Des balbutiements qui, de manière égale voire supérieure à l’œuvre institutionnalisée, troublent les schèmes usuels de la communication et déstabilisent notre foi en la maîtrise totale de l’auteur par rapport à ce qu’il a créé. Lire Jarry, c’est donc d’abord suivre pas à pas la trace phosphorescente de son effacement programmé en tant qu’individu particulier. Un effacement, on l’aura compris, qu’aucune balise officielle n’est en mesure d’inscrire, ni même de répercuter. Un effacement qui est, chez Jarry, de l’ordre du processus, et qui confère à l’ensemble de sa démarche un caractère on ne peut plus singulier. Sur quelles bases concrètes peut-on asseoir cette opposition entre d’une part le registre du particularisme, et de l’autre celui de la singularité ? Le langage courant entretient de nos jours la plus grande confusion entre ces deux termes lorsqu’il tend à qualifier de « singulier » un vécu biographique configuré par un ensemble de critères 4 « Discours d’Alfred Jarry », in Œuvres Complètes 1, (Paris : Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1972), p.400. Les trois volumes des œuvres complètes de l’édition de La Pléiade constitueront, dans la suite de cet ouvrage, notre édition de référence, et seront respectivement désignés par OC1, OC2 et OC3. INTRODUCTION 13 particuliers (nationaux, raciaux, culturels, esthétiques, sexuels, religieux, linguistiques…) qui permettent au sujet postmoderne de se différencier par rapport à autrui. Si cette confusion providentielle permet à chaque individu de s’imaginer unique et irremplaçable, remarquons pourtant que de tels particularismes se définissent à partir de catégories essentialistes et normatives, ce qui les rend en soi parfaitement reproductibles et multipliables à l’intérieur de la société. Le sujet particulier ne possède par conséquent rien de singulier en tant que tel. Je dirais plutôt qu’il épouse passivement les différences de fait (nationales, raciales, culturelles, etc.) qui le distinguent de ses semblables, en restant néanmoins tributaire d’une logique du même qui l’empêche fondamentalement de devenir autre chose que la somme des traits identitaires par lesquels il se laisse catégoriser5. Le problème des particularismes, au final, se présente donc avant tout comme un problème d’ordre politique, au sens où il interroge le rapport possible à la loi d’individus qui s’écartent de la norme, mais aussi où il réfléchit aux conditions réelles de reconnaissance de minorités spécifiques à l’intérieur d’une communauté donnée. Des penseurs comme Bourdieu ou Foucault, au XXème siècle, ont ainsi donné de véritables lettres de noblesse à ce type d’investigation. À titre d’exemple, on pourrait ranger du côté du « particulier » des questions qui porteraient, entre autres, sur le statut des langues régionales au sein de la nation, le droit des homosexuels, ou encore la place des minorités religieuses à l’intérieur de la cité. Il importe 5 En vue d’élaborer une véritable théorie critique du « particulier », il conviendrait, comme le recommande Peter Hallward, de distinguer deux modes distincts d’individuation. D’une part ce qui relève du « spécifié » (les traits identitaires – innés ou acquis – par lesquels un sujet devient objectivement identifiable et se laisse classifier stati(sti)quement en termes généraux au sein d’une culture donnée) ; d’autre part ce qui relève du « spécifique » (à savoir le processus dynamique et subjectif au cours duquel ces mêmes traits identitaires évoluent et se transforment, au contact d’autres individus au sein de la société). Hallward remarque cependant que « cette distinction entre spécifique et spécifié n’a pas d’importance dans la perspective de la singularité. La créature singulière n’existe qu’à travers son devenir-singulier, et ultimement à travers ce que Deleuze nomme le ‘devenir-imperceptible’, c’est-à-dire imperceptible selon des critères spécifiques ou donnés ». [« The distinction of specific and specified is of no importance from a singular perspective. The singular creature exists as singular only in its becoming-singular, and ultimately through what Deleuze calls its ‘becoming-imperceptible’ – imperceptible, that is, according to specified or given criteria »]. Peter Hallward, « The singular and the specific », in Radical Philosophy 99 (January/February 2000), p.12. 14 L’EXPÉRIMENTATION DU SINGULIER toutefois, pour notre part, de demeurer en deçà de ces particularismes individués, pour la bonne raison que les singularités, qui leur sont indifférentes, sont incapables de s’y résorber. Cette distinction première suppose dès lors de mettre en doute nos capacités d’appréhension des singularités à partir d’une caractérisation positive, qui passerait par la reconnaissance d’une marque extérieure liée à un trait culturel figé ou à une préférence personnelle, c’est-à-dire à un simple état de fait. « L’indifférence aux propriétés est ce qui individualise et dissémine les singularités, les rend aimables »6, note avec élégance Agamben. Les singularités, à l’inverse des particularités, ne sauraient en effet se superposer à une série de déterminations identitaires spécifiques, par lesquelles un sujet (ou un auteur) pourrait se définir de façon propre et que sa vie (ou son œuvre) se contenterait simplement de refléter7. L’apparition fugace de Jarry en marionnette, en marge de la représentation d’Ubu Roi, nous en fournit une première confirmation. Si son intervention scénique semble si singulière, c’est d’abord que le corps du poète, au même titre que sa parole, tend à être dépossédé de ses signes extérieurs de reconnaissance, pour se dissoudre dans une certaine forme d’impersonnalité. Difficile par conséquent de rapporter l’idée de singularité à un sujet empirique, dont elle constituerait le prédicat irréductible et qui serait ainsi garante de son individualité. Il peut alors paraître séduisant d’essayer de détacher totalement les singularités de la conscience subjective qui les supporte, pour en faire le propre du texte littéraire dans lequel elles se trouveraient exprimées. Telle est du moins l’hypothèse que retient, par exemple, un théoricien comme Derek Attridge, lorsqu’il avance l’idée que la littérature, en tant que telle, excède le registre du particularisme, dans le sens où elle ne se laisse jamais entièrement définir à partir de pratiques culturelles spécifiques, à l’intérieur d’une 6 Giorgio Agamben, La Communauté qui vient : théorie de la singularité quelconque (Paris : Seuil, 1990), p.25. 7 Ce qui n’implique bien sûr en rien, cela va de soi, que le travail d’un artiste, quel qu’il soit, ne puisse également gagner à être analysé sous le prisme du particulier. Pour ce qui est de Jarry, on consultera avec profit l’ouvrage de référence d’Henri Béhar, Les Cultures de Jarry (Paris : PUF, 1988) dans lequel l’auteur dresse un précieux tableau des cultures particulières et contradictoires (celtique, populaire, potachique ou savante) dont les textes sont parcourus, et avec lesquelles le lecteur avisé devrait se familiariser pour que l’œuvre, en ce début de XXIème siècle, demeure susceptible de lui « parler ». INTRODUCTION 15 société donnée. La singularité de la littérature, d’après Attridge, tiendrait avant tout à sa forme, et à son aptitude à résister, par-delà l’épreuve du temps, à toute tentative d’instrumentalisation. De son point de vue, somme toute très derridien, il considère « la notion d’invention comme inséparable aussi bien de celle de singularité que de celle d’altérité. Cette trinité réside au cœur de l’art occidental, qu’il soit considéré comme une pratique ou comme une institution » 8. Faut-il alors se résoudre à replacer le geste singulier de Jarry dans un réseau plus vaste, en le réintégrant à l’intérieur d’un espace littéraire qu’il n’aurait, en définitive, jamais quitté ? Il ne saurait bien entendu être question de dénier la pertinence de l’argument d’Attridge, lorsqu’il indique que le propre du discours littéraire est d’introduire une forme d’altérité dans le champ culturel, de sorte que celui-ci se trouverait immanquablement transformé. Pour autant, le terme générique de « Littérature » n’implique-t-il pas déjà ici une certaine universalité, qui précisément va à l’encontre même de chaque pratique singulière, et qui en ignore l’irréductible spécificité ? Parce qu’elle suppose une aptitude première à savoir identifier ce que serait « la » littérature, il n’est donc pas certain qu’une telle approche des singularités, dans sa dimension générique et globalisante, soit en mesure de saisir la manière dont Jarry, à son échelle, met en cause les frontières immatérielles assignées à l’espace littéraire, en agissant sur la fine membrane qui sépare conventionnellement celui-ci du grand théâtre du monde, parfois nommé « réalité ». Considérer le problème de la singularité, tel qu’il se pose dans l’œuvre de Jarry, nécessite donc, a contrario, d’adopter une démarche plus minimaliste : une démarche qui va consister à remiser provisoirement tout présupposé théorique, pour observer la manière dont l’œuvre, en s’emparant d’énoncés aussi bien littéraires que philosophiques ou scientifiques, ne cesse de reconfigurer son propre espace de différenciation. Si le caractère singulier de l’œuvre de Jarry n’est pas davantage lié à sa valeur spécifiquement littéraire qu’à la personnalité particu8 [« I see invention as inseparable from singularity and alterity ; and I see this trinity as lying at the heart of Western art as a practice and as an institution »]. Derek Attridge, The Singularity of Literature (London: Routledge, 2004), p.2. On relira plus spécifiquement, en relation directe avec mos propos, les chapitres 4 et 5 qu’Attridge consacre respectivement à « l’événement littéraire » et à « la singularité ». Dans une optique similaire, on se reportera également à la réflexion développée par Derrida dans son essai « L’Invention de l’Autre », in Psyché : Inventions de l’autre (Paris : Galilée, 1998). 16 L’EXPÉRIMENTATION DU SINGULIER lière de son auteur ou aux cultures qu’il réquisitionne, sous quel angle est-il alors possible de le considérer ? L’hypothèse centrale que je voudrais m’employer à soulever, dans les pages qui vont suivre, est que l’émergence des singularités à la surface de l’œuvre se manifeste en premier lieu sous la forme d’une expérimentation opérée par Jarry. Entendons par là le processus dynamique par lequel l’artiste, en tant qu’il se trouve dépossédé de ses attributs identitaires particuliers sous la pression d’un événement, est amené à envisager son rapport au langage comme une opération infinie de reconstruction de soi. Les singularités ne sont jamais acquises d’avance, et ne peuvent, pour cette raison, se constituer sur un socle ontologique stable. Leur apparition reste en premier lieu conditionnée par les événements imprévisibles qui leur donnent naissance : des événements qui, dans la brutalité de leur surgissement, altèrent la connaissance préalable que le sujet possède de soi, obligeant celui-ci à mettre en cause ses particularismes et à estimer les situations auxquelles il doit faire face comme s’il les rencontrait pour la première fois. Expérimenter le singulier, pour l’écrivain, équivaut alors à éprouver la cohérence discursive et idéologique du monde à partir de la dépossession originelle dont il fait l’objet ; une position qui le conduit à récuser, au risque du bégayement, toute position de maîtrise vis-à-vis des mots, et à interroger le langage ordinaire dans son aptitude à rendre compte de l’impact d’un événement sur la pensée. Doit-on alors se résoudre à qualifier encore de « littérature » un tel processus de reconstruction de soi, en lui assignant les limites strictes de l’œuvre où il entreprend de se déployer ? L’un des « romans » les plus énigmatiques de Jarry, Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien, se clôt, dans la plupart des éditions, sur trois points de suspension. La première version manuscrite du texte propose cependant, dans les marges de sa fin officielle, une phrase supplémentaire qui ne saurait être complètement ignorée : « Ce livre ne sera publié intégralement que quand l’auteur aura acquis assez d’expérience pour en savourer toutes les beautés »9. N’y a t-il pas là aveu d’impuissance de la part d’un poète qui ne parvient plus à se fier ni à sa propre expérience, ni à des critères esthétiques préétablis, pour franchir le cap de la publication, en vue de conférer à son texte une forme stable, une 9 Alfred Jarry, Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, Pataphysicien, Manuscrit Lormel, reproduit dans l’édition annotée du Cymbalum Pataphysicum, n°15-16 quater (Sermiers : Cymbalum Pataphysicum, 1985), p.341. INTRODUCTION 17 dimension finalisée ? À vrai dire, si la démarche expérimentale interdit le recours à l’expérience, c’est avant tout au nom d’une certaine immédiateté. Il ne saurait en effet être question de prendre appui sur des savoirs acquis au cours d’expériences passées pour celui qui est sommé de répondre, dans l’urgence, aux événements qui altèrent sa subjectivité. On comprend qu’une telle position d’énonciation est amenée à représenter, à un niveau très pragmatique, une menace particulièrement insidieuse vis-à-vis de l’achèvement du texte. C’est pourquoi l’opération de reconstruction de soi à laquelle se livre Jarry déborde, en tout sens, le cadre de son expression littéraire. L’œuvre effective n’est jamais que la partie émergée d’une œuvre possible10, dont la réalisation est sans cesse repoussée. Si les livres de Jarry possèdent la réputation d’être difficiles d’accès, c’est avant tout parce qu’ils induisent une remise en question radicale de nos habitudes de lecture. Impossible par conséquent d’en venir à bout dès lors que l’on admet qu’ils désignent d’abord le lieu où s’opère la confrontation, à l’issue incertaine, d’une pensée avec sa propre part d’étrangeté. Dans ces conditions, comment aborder l’œuvre, sans la passer au crible de grilles de lecture autoritaires, bien trop rigides pour rendre compte de ce trouble singulier ? Face à ce dilemme, quatre grandes orientations se sont progressivement imposées, pour ce qui est de la méthode : 1) Privilégier des fragments de l’œuvre, au détriment de sa totalité, et faire par conséquent le deuil implicite de l’exhaustivité. Plus d’un siècle après la mort de Jarry, son œuvre a fait l’objet de multiples éditions riches en préfaces, annotations et commentaires de grande qualité, mais aussi de plusieurs études d’ensemble, qui présentent chaque texte de façon détaillée et se chargent de restituer leur trame narrative souvent très flottante, tout en débroussaillant les nombreuses aspérités qu’ils présentent sur le plan de l’interprétation11. À ces monographies s’ajoutent les recherches précieuses effectuées en parallèle, d’un côté par le Collège de Pataphysique, et de l’autre par la 10 L’expression est de Jean-Louis Cornille, « L’œuvre possible d’Alfred Jarry », in Revue des Sciences Humaines 266-67 (2002). 11 On retiendra notamment trois monographies essentielles, susceptibles de fournir aux polyglottes, dans des perspectives différentes, une introduction subtile et stimulante à la lecture de Jarry: François Caradec, À la recherche d’Alfred Jarry (Paris : Seghers, 1974). Brunella Eruli, Jarry, i mostri dell’imagine (Pise: Pacini, 1982). Jill Fell, Alfred Jarry (London: Reaktion, 2010). 18 L’EXPÉRIMENTATION DU SINGULIER Société des amis d’Alfred Jarry via leur revue L’Étoile-Absinthe. On peut donc considérer que l’œuvre, à défaut d’être véritablement connue du grand public, est aujourd’hui entourée d’un appareillage critique suffisamment conséquent pour permettre au lecteur à la fois de la contempler dans une perspective globale et de tracer son chemin dans les méandres d’un texte spécifique dont il ne parviendrait pas à franchir le seuil, et qu’il rejetterait du côté de l’ésotérisme, faute de disposer d’un guide suffisamment chevronné12. Prenons acte que ces lecteurs chevronnés, ces défricheurs patients et infatigables, existent bel et bien : leurs travaux sont énumérés à la fin de cet ouvrage, dans la section « bibliographie ». Pour qui souhaite porter un regard panoramique sur l’œuvre, il suffira donc de s’y reporter. On notera cependant que ces vues panoramiques, dans leur forme synthétique et totalisante, tendent parfois à minimiser la prise de risque fondamentale qui se joue pour le poète dans l’enchaînement des phrases à même le texte, dans le passage d’un ouvrage à l’autre, bref dans son aptitude à continuer. Opter pour une lecture fragmentaire de Jarry, c’est donc non seulement assumer que des motifs traumatiques et obsédants, d’ordre visuel ou sonore, puissent se répondre indépendamment du texte dans lequel ils sont insérés, mais c’est aussi affirmer que l’autonomie discursive d’une œuvre achevée ne va pas de soi, au sens où chaque vers, chaque paragraphe ou chaque livre de Jarry tend en soi vers une ligne de fuite qui fracture et chamboule toute organisation uni(versi)taire qui s’efforcerait d’ordonner les textes selon une progression linéaire et/ou chronologique, serait-ce à des fins purement pédagogiques de démonstration. 2) Sur le plan de la vie de l’auteur, s’en tenir à ce qui est déjà connu et accorder à ce contenu biographique une valeur symptomatique, sans chercher à dissocier la réalité du fantasme. En d’autres termes, se prémunir contre la tentation psychologisante qui consisterait à expliquer l’œuvre à partir du vécu individuel de l’écrivain, pour mieux rendre compte de la manière dont ses textes configurent un espace intermédiaire, au sein duquel s’estompe la distinction que nous opérons conventionnellement entre le vrai et le faux, entre le domaine 12 Je tiens d’ailleurs à signaler la parution, trop récente pour la consulter à l’heure où j’achève mon propre texte, d’une nouvelle édition savante des œuvres complètes de Jarry, dotée d’un apparat critique renouvelé. Alfred Jarry, Œuvres Complètes, Tome 1, Édition d’Henri Béhar, Paul Edwards, Isabelle Krzywkowski et Julien Schuh (Paris : Garnier, 2013). INTRODUCTION 19 du vécu authentifié et celui de la fiction. Reconnaissons à André Breton le mérite d’être l’un des premiers à avoir perçu intuitivement l’émergence d’un tel espace, lorsqu’il observe, dans son Anthologie de l’humour noir, que « La littérature, à partir de Jarry, se déplace dangereusement, en terrain miné […]. À partir de Jarry, bien plus que de Wilde, la différenciation tenue longtemps pour nécessaire entre l’art et la vie va se trouver contestée, pour finir anéantie dans son principe »13. Quelques précisions s’imposent pourtant devant le magnétisme d’un poète qui, en aimantant Jarry du côté du surréalisme, s’emploie dans ces quelques lignes à consolider les fondations d’une communauté spirituelle et à recréer après coup la généalogie imaginaire de sa propre pensée. Comme le souligne judicieusement Breton, Alfred Jarry n’est pas Oscar Wilde. C’est pourquoi le mouvement d’indifférenciation entre l’art et la vie, dans son cas, ne saurait se réduire à une tentative esthétisante de sublimer la banalité du réel par la littérature en vue de se construire, à la manière d’un dandy, une image de soi transfigurée. Bien au contraire, comme l’attestent la plupart des biographes de Jarry, la vie de l’auteur, de manière sans doute plus prononcée que pour n’importe quel autre écrivain, tend à s’effacer, voire à crouler sous la dimension burlesque des anecdotes14. La bicyclette, le pistolet, ou encore le phallus colossal, deviennent ainsi autant d’images d’Épinal, de passages obligés que les témoins ravivent tantôt pour perpétuer la légende potachique, tantôt pour la démythifier. Qu’on me pardonne de passer outre le rituel qui consisterait, une fois de plus, à en proposer une agréable compilation. Car, tout amusante qu’elle soit, l’anecdote possède incontestablement, dans son fonctionnement rhétorique, un pouvoir mortifère. Si d’un côté elle pique la curiosité du public en mettant en relief les aspects les plus pittoresques et drolatiques de la vie d’un individu, de l’autre elle dévalue pernicieusement la portée intensive de son existence, la réduisant à une succession d’épisodes 13 André Breton, « Anthologie de l’humour noir », in Œuvres Complètes, T2 (Paris : Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1992), p.1055. 14 Outre l’ouvrage de référence de Patrick Besnier cité plus haut, je renvoie à la biographie inaugurale (certes incomplète) de Noël Arnaud, Alfred Jarry, d’Ubu Roi au Docteur Faustroll (Paris : La Table Ronde, 1974), et plus récemment aux travaux d’Alastair Brotchie, Alfred Jarry. A Pataphysical Life (Cambridge (Mass.) : The MIT Press, 2011). On consultera également avec profit l’étude d’Henri Béhar, « Jarry anecdotique, ou le mythe démystifié », in Alfred Jarry et la culture tchèque, Mariana Kunesova (Éd.) (Ostrava : Ostravská univerzita, 2008), pp.21-27. 20 L’EXPÉRIMENTATION DU SINGULIER dont la valeur humoristique est indissociable de leur aspect dérisoire, à la limite du trivial. Derrière l’anecdote transparait ainsi la tentation d’une mise à mort programmée. Nul n’est bien sûr à l’abri, dans l’absolu, d’être perçu rétrospectivement par le regard d’autrui sur ce mode anecdotique. C’est peut-être la base même de la vie. Pourtant, le déploiement exponentiel des anecdotes associées à Jarry nous autorise – me semble-t-il – à les appréhender non pas comme un pur produit du hasard, mais comme le résultat d’une stratégie histrionique concertée de la part du poète, qui lui permet de dissimuler sa fondamentale vulnérabilité dans le combat souterrain qui l’oppose à la pesanteur des cultures instituées. Trivialité assumée d’un Jarry qui, à la manière d’un imperturbable clown blanc, signale par la constante mise en scène de sa vie quotidienne le nouveau statut de l’artiste à l’heure de sa reproductibilité technique, et renvoie mécaniquement la société spectaculaire de la Belle-Époque à la vacuité des images sensationnelles dont elle assure la production. Le poids des anecdotes, dans la vie de Jarry, me semble ainsi symptomatique d’une double volonté de malmener la représentation humaniste de l’artiste jusqu’à l’anéantissement et d’ensevelir sous le masque de la bouffonnerie des textes dont la lisibilité, dès l’origine, a si souvent été mise en question. À défaut d’une démystification d’ordre biographique, la lecture fragmentaire de l’œuvre qui est ici proposée visera donc d’abord à en examiner la portée critique et existentielle, quitte à s’apercevoir peut-être, que, là aussi, le masque tient. 3) Maintenir une imperturbable distance critique, mêlée de déférence et de soupçon, à l’égard des savoirs théoriques institués à partir desquels les textes s’offriraient à l’interprétation. La raison, si j’ose dire, tombe sous le sens, pour peu que l’on estime à sa juste valeur la signature d’un poète qui s’empare du langage pour se reconstruire ailleurs, en marge des catégories de pensée établies. Il ne s’agit pas, bien sûr, d’infirmer la portée heuristique de lectures qui se placent sous l’autorité de la sémiotique, des cultural studies, de la psychanalyse ou encore de la déconstruction, mais plutôt de se demander pourquoi en définitive de telles analyses « fonctionnent » si bien. Par-delà leur brio et leur efficacité avérée, on peut en effet se demander si ces lectures ne visent pas tout d’abord à valider leur propre légitimité méthodologique, au risque de corriger un peu trop doctement les bégaiements de l’œuvre, voire dans le pire des cas de l’imprégner d’un jargon qui lui ferait violence, au même titre que la

Author Karl Pollin Isbn 9789042037694 File size 1.7MB Year 2013 Pages 286 Language French File format PDF Category Culture Book Description: FacebookTwitterGoogle+TumblrDiggMySpaceShare D’Alfred Jarry, on ne retient souvent de nos jours que le scandaleux Ubu Roi. Cela revient cependant à passer sous silence la singulière expérimentation, placée sous le signe de l’enfance, dans laquelle l’existence de l’écrivain s’est peu à peu abimée. Au creux de sa voix lézardée se devine un désir éperdu de mettre en mots les forces de déflagration propres à la vie, qui corrompent inéluctablement notre conscience individuée et que nos nobles philosophies s’efforcent en vain de compenser. Si l’œuvre de Jarry est réputée ardue, c’est peut-être parce qu’elle tente, livre après livre, de verbaliser un phénomène de dépossession de soi sous l’emprise duquel la langue est contrainte de se désarticuler. Cette altération originelle de la psyché, difficilement communicable sur le marché des idées, résiste en effet à nos traditionnelles catégories de pensée. Expérimenter le singulier, pour le poète, équivaut dès lors à braver doublement le bon sens et le poids accablant des événements, quitte à abolir les distinctions courantes entre la science et la fiction, la littérature et la vie, ou encore le fantasme et la réalité. Karl Pollin enseigne la littérature française et comparée à l’Université de Tulsa, Oklahoma (USA). Auteur d’articles consacrés entre autres à Antonin Artaud, Jean-François Lyotard, Jean-Jacques Schuhl et Maurice G. Dantec, il prépare actuellement un livre consacré au cinéma d’Andrzej Zulawski.     Download (1.7MB) Introduction à la biologie du développement Jean-Jacques Rousseau Ecrivain Polemique Analyse mathématique. La maîtrise de l’implicite Sabrina Tricaud, 100 Symboles Pour Raconter La France Proust Et Flaubert: Un Secret D’ecriture (Faux Titre): Un Secret D’ecriture (Faux Titre) Load more posts

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